Phobie scolaire : quels sont les signes ? Ceux que ma fille m’a envoyés, bien avant la grille de l’école

Dessin d'enfant : une petite fille dans sa bulle de sécurité, avec son doudou et le gilet de sa maman

Au début, ce n’était que des câlins. Beaucoup de câlins. Ma dernière venait se blottir dans mes bras, et elle répétait « maman », toujours sur le même ton. Un petit « maman » qui avait quelque chose de différent, que je n’arrivais pas à nommer.

Je ne me suis pas inquiétée. Quelle maman s’inquiète d’un enfant qui vient chercher des câlins ?

Aujourd’hui, avec le recul, je sais que c’était le premier signe. Le premier d’une longue série que ma fille m’a envoyée, avec ses mots d’enfant et surtout avec son corps, bien avant de pouvoir me dire ce qui lui faisait peur.

Si tu es ici, c’est peut-être que ton enfant pleure le matin, qu’il a mal au ventre avant l’école ou qu’il s’accroche à toi devant la grille. Je vais te raconter comment ça s’est passé chez nous, les signes dans l’ordre où ils sont arrivés, et ce que j’aurais aimé faire plus tôt.

Les signes, dans l’ordre où ils sont arrivés

Ma fille était en 4e primaire. Tout s’est installé très vite : quelques jours, quelques semaines tout au plus. Pas des mois. C’est pour ça que je te les donne dans l’ordre, parce que chez nous, ça a été crescendo.

1. Les câlins et ce « maman » sur le même ton

D’abord, elle est devenue très câline. Elle me prenait dans ses bras, encore et encore, avec ce « maman » qui revenait toujours sur la même tonalité. Je sentais qu’elle cherchait quelque chose, sans comprendre quoi.

2. Les pleurs

Ensuite sont venues les larmes. Sans raison apparente, en tout cas sans raison qu’elle arrivait à me donner.

3. Le cœur qui bat trop fort

Puis il y a eu ce détail qui m’a marquée. Quand elle me faisait un câlin, je sentais son cœur battre tellement fort contre moi. Un cœur qui s’emballe chez une petite fille qui est simplement dans les bras de sa maman, ce n’est pas anodin. C’est le corps qui parle quand les mots ne viennent pas.

4. Les nuits

Le soir, au moment de dormir, les pleurs revenaient, avec une respiration coupée. Et puis elle n’a plus voulu dormir seule. Elle a dormi avec nous pendant six mois.

5. La grille de l’école

Ensuite, c’est devant l’école que tout s’est joué. Des crises de larmes devant la grille. Elle ne voulait pas entrer. Elle s’accrochait à la grille.

6. Le mal de ventre sur la route

Parfois, ça commençait avant même d’arriver. Sur la route, elle s’arrêtait net et ne voulait plus avancer, avec un mal de ventre.

Si tu reconnais ton enfant dans plusieurs de ces signes, surtout s’ils arrivent les uns après les autres, prends-les au sérieux. Ce n’est pas un diagnostic, je ne suis pas médecin. C’est juste ce que j’aurais aimé lire à ce moment-là.

Pourquoi je suis passée à côté au début

Je vais être honnête avec toi : au début, j’ai cru à des caprices.

Sa grande sœur était en école à la maison. Je me suis dit que ma dernière voyait sa sœur rester à la maison et qu’elle voulait faire pareil. Ça me paraissait logique.

Quand j’essayais de comprendre, je lui demandais pourquoi elle ne voulait pas y aller. Sa réponse était toujours la même : « Je sais pas pourquoi. » Et je me disais : c’est bizarre.

Quand l’enfant ne sait pas dire pourquoi

Ce « je sais pas pourquoi », je l’ai mal compris. J’y ai vu une façon d’esquiver. En réalité, ma fille ne savait vraiment pas mettre de mots sur ce qu’elle ressentait. Un enfant qui a peur ne sait pas toujours de quoi il a peur. Et même quand il le sait, il ne se sent pas toujours capable de le dire.

Quand l’école ne voit rien

Je suis quand même allée voir sa maîtresse. Je lui ai demandé si elle avait remarqué quelque chose, s’il y avait eu un souci avec une camarade. Je voulais être prudente, parce que sa grande sœur avait vécu du harcèlement.

On m’a répondu que non, rien. Qu’une fois dans la cour, tout allait mieux.

Alors je suis rentrée sans réponse. Et ma fille, elle, ne me parlait pas.

Quand on cherche du côté de la dys

Il y avait aussi autre chose. Ma fille avait été diagnostiquée dyscalculique à la fin de la 3e, et elle avait commencé la logopédie en 4e. Je voyais qu’elle en avait un peu honte, qu’elle était mal à l’aise d’en parler devant ses camarades. J’ai cru que tout venait de là.

Ce n’était pas faux, mais ce n’était pas tout.

Le jour où le mot a été posé

Je suis retournée voir la neuropsychologue qui suivait déjà sa sœur, pour faire le point. C’est elle qui m’a parlé de phobie scolaire.

Et là, tout s’est éclairé d’un coup. Les câlins, le cœur, les nuits, la grille, le mal de ventre : ce n’étaient pas des morceaux séparés. C’était une seule et même chose.

Mettre un mot ne règle rien tout seul. Mais ça change ta façon de regarder ton enfant. Tu arrêtes de te demander si elle fait un caprice. Tu commences à te demander de quoi elle a peur.

Ce qu’on a essayé, et ce qui a vraiment débloqué les choses

Je ne vais pas te mentir : on a essayé pas mal de choses avant de trouver.

Ma fille a vu deux psychologues. Chez nous, ça n’a rien donné. Sa première logopède, qui voyait parfois ses angoisses pendant les séances, m’a aussi recommandé une sophrologue. Ça lui faisait du bien, mais sans plus.

Ce qui a vraiment changé les choses, c’est le temps passé à parler avec elle. Encore et encore, sans la brusquer, en essayant de comprendre.

Et un jour, elle m’a dit que c’était l’école elle-même qui lui faisait peur. Les murs, l’enceinte. Je lui ai demandé de m’expliquer. Et elle m’a parlé de sa maîtresse.

Je ne rentrerai pas dans les détails. Je te dirai seulement que cette maîtresse était assez dure, et parfois méchante avec elle, alors qu’elle savait que ma fille était dys. Et ma fille est une enfant très sensible.

Ma fille ne m’en a parlé que tard, presque à la fin de son année de 4e. Et je me pose encore la question : pourquoi certains adultes peuvent-ils être aussi durs avec des enfants qu’ils ont la charge de protéger ?

La décision de fin de 4e

Toute cette année de 4e a été chaotique. À la fin, ma fille était épuisée. Moi aussi. Je ne savais plus comment l’aider.

J’ai pris la décision de la mettre en école à la maison, comme sa sœur. Pour moi, c’était la bonne solution : lui laisser le temps de se reconstruire, loin de ce qui lui faisait peur.

C’est à partir de là qu’on a pu avancer, avec d’autres accompagnements, dont une hypnothérapeute qui pratique aussi l’EMDR. Je t’en parlerai dans un autre article, parce que ça mérite plus que quelques lignes.

Ce que je dirais à une maman qui vit ça aujourd’hui

Si tu m’écrivais demain que ta fille s’accroche à la grille tous les matins, voici ce que je te dirais.

Creuse. Ma fille m’a envoyé des signaux, et j’aurais dû les prendre au sérieux dès le départ. Il ne faut jamais les négliger, même quand ils ressemblent à des câlins ou à un caprice.

Écoute le corps. Le cœur qui bat trop fort, le ventre qui fait mal, la respiration coupée, les nuits difficiles : chez un enfant, le corps parle souvent avant les mots.

Ne t’arrête pas à « je sais pas pourquoi ». Ton enfant ne te ment pas. Il n’a simplement pas encore les mots. Laisse-lui du temps, et reviens vers lui doucement, plusieurs fois.

Ne t’arrête pas à « tout va bien en classe ». Ce que voit l’école et ce que vit ton enfant ne sont pas toujours la même chose.

Fais-toi aider. Un professionnel peut mettre un mot sur ce que vit ton enfant. Chez nous, c’est la neuropsychologue qui l’a fait. Et si le premier accompagnement ne marche pas, ce n’est pas un échec : on cherche le bon, tout simplement.

Et ne te juge pas. J’ai cru à des caprices. J’ai cherché du côté de la dys. Je n’ai pas tout vu tout de suite. Toi non plus, peut-être. Ça ne fait pas de nous de mauvaises mamans. Ça fait de nous des mamans qui apprennent, en même temps que leur enfant.

Une fiche pour toi, un carnet pour ton enfant

Quand j’ai vécu ça, j’aurais aimé avoir quelques pages toutes simples sous la main. Alors je les ai faites. Pour toi : des repères pour les premiers jours, les démarches pratiques en Belgique qu’on ne te dit pas toujours, et un petit carnet pour noter ce que tu observes, à montrer au médecin ou au centre PMS. Pour ton enfant : un carnet à colorier pour l’aider à dire ce qu’il ressent quand les mots ne viennent pas. Tu y trouveras aussi la bulle de sécurité dessinée par ma fille. C’est gratuit, si ça peut vous aider.


À retenir

  • La phobie scolaire peut s’installer très vite, en quelques jours ou quelques semaines.
  • Les premiers signes ne ressemblent pas toujours à un refus de l’école : câlins, pleurs, cœur qui bat fort, nuits difficiles.
  • « Je sais pas pourquoi » n’est pas un caprice : l’enfant n’a souvent pas encore les mots.
  • L’école peut ne rien voir. Ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien.
  • Prends chaque signal au sérieux, et fais-toi accompagner par un professionnel.

Questions fréquentes

Quels sont les premiers signes de la phobie scolaire ?
Chez ma fille, tout a commencé par beaucoup de câlins, puis des pleurs, un cœur qui battait très fort, des nuits difficiles, et enfin des crises devant la grille et des maux de ventre sur le chemin. Chaque enfant est différent, mais quand plusieurs signes s’enchaînent, il faut les prendre au sérieux.

Comment faire la différence entre un caprice et une phobie scolaire ?
J’ai moi-même cru à des caprices au début. Ce qui aurait dû m’alerter, c’est le corps : un cœur qui s’emballe, une respiration coupée, un mal de ventre, une peur de dormir seule. Un caprice ne s’accompagne pas de tout ça.

Mon enfant dit « je ne sais pas pourquoi », que faire ?
Le croire. Souvent, il ne sait vraiment pas mettre de mots sur sa peur. Garde le dialogue ouvert, sans forcer, et reviens-y doucement. C’est parfois des mois plus tard que la vraie raison sort.

L’école dit que tout va bien en classe, est-ce que je m’inquiète pour rien ?
Pas forcément. Chez nous, on m’a dit que tout allait mieux une fois dans la cour, et pourtant ma fille avait peur. Fie-toi aussi à ce que tu vois à la maison.

Qui peut poser le mot « phobie scolaire » ?
Chez nous, c’est la neuropsychologue qui en a parlé la première. Un médecin, un psychologue ou un neuropsychologue peut t’aider à y voir clair.


Je suis maman de trois filles. J’ai traversé un burn-out tout en accompagnant deux de mes filles, dyscalculiques, dont l’une avec un TDA, à travers la phobie scolaire et l’école à la maison. Sur L’Empreinte, je partage ce que j’ai vécu et appris, de maman à maman.

Et toi, quels signes ton enfant t’a-t-il envoyés ? Raconte-le-moi en commentaire. Ton histoire pourrait aider une autre maman à se sentir moins seule.

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