Un soir, j’étais allongée dans le canapé, un plaid sur les jambes, un film à l’écran. La maison était calme. J’étais en sécurité. Et pourtant, d’un coup, ma respiration s’est bloquée. Impossible de reprendre mon souffle, de respirer normalement. Rien ne se passait autour de moi. Tout se passait à l’intérieur.
Dans Quand tout s’effondre, mon burn-out de mai 2025, je t’ai raconté comment j’en étais arrivée là. Aujourd’hui, j’ai envie d’aller plus loin et de te dire ce qu’un burn-out fait vraiment. Pas la version des magazines, avec ses listes de symptômes bien rangées. La mienne, telle que je l’ai vécue de l’intérieur.
Ce vendredi de mai où j’ai su
Je te l’ai raconté dans L’IEF quand on est soi-même épuisée : un vendredi de mai 2025, sur le pas de ma porte, sous un grand soleil, j’ai su que j’arrêtais. En une seconde.
Ce que je n’avais pas dit, c’est à quel point ça venait de loin. Ce n’était pas une décision réfléchie, pesée, avec le pour et le contre. C’est monté du plus profond de moi, comme une évidence que je ne pouvais plus faire taire. J’ai compris que si je continuais, j’allais finir à ramasser à la petite cuillère. Alors je suis allée voir mon médecin, et le mot est tombé : burn-out.
Le burn-out, c’est quoi au juste ?
On entend ce mot partout, alors j’ai eu besoin de comprendre ce qu’il voulait vraiment dire. Pour l’Organisation mondiale de la santé, c’est un syndrome qui naît d’un stress chronique au travail qu’on n’a pas réussi à gérer, et qui se reconnaît à un épuisement, à une prise de distance avec son travail et au sentiment de ne plus être efficace. L’OMS ne le range d’ailleurs pas parmi les maladies, mais parmi les phénomènes liés au travail.
Sauf que le travail n’est pas le seul endroit où l’on peut s’user jusqu’à la corde. Ici, en Belgique, des chercheuses de l’UCLouvain étudient depuis des années le burn-out parental : il apparaît quand le stress de la vie de parent dépasse les ressources qu’on a pour y faire face.
Chez moi, les deux s’étaient emmêlés : les commandes qui s’enchaînaient, l’école à la maison, les rendez-vous, les besoins de chacune. Ce ne sont pas mes filles qui m’ont épuisée. C’est d’avoir tout porté seule, trop longtemps, sans jamais m’arrêter pour regarder ce qu’il restait dans le réservoir.
Quand le corps parle à ta place
J’ai longtemps cru que le burn-out, c’était dans la tête. Mon corps s’est chargé de me prouver le contraire.
Il y a eu ce souffle coupé, dont je te parlais au début, qui pouvait me surprendre n’importe quand, même au repos. De l’angoisse, très certainement. Et je ne vais pas te mentir : ça m’arrive encore parfois aujourd’hui, sans que je sache toujours pourquoi. Sûrement un déclencheur que je ne vois pas encore.
La nuit, je serrais les dents et les sourcils si fort que je me réveillais avec la nuque et les épaules douloureuses. Ma ride du lion s’est creusée. Mon visage portait tout ce que je refusais de dire.
Et puis j’ai gonflé, j’ai pris du poids. J’avais beau faire attention à ce que je mangeais, faire du sport, rien n’y faisait, et je ne comprenais pas. Ce n’est que plus tard que j’ai appris que lorsque le stress dure, le cortisol, l’hormone du stress, reste élevé et peut dérégler le corps au point de faire prendre des kilos. Si tu vis la même chose, parles-en à ton médecin : ce n’est peut-être pas une question de volonté.
Quand tu ne te reconnais plus
Le plus dur, pourtant, ne se voyait pas.
Quand je me suis écroulée à l’intérieur, j’étais vide. Vraiment vide. Je ne me reconnaissais plus, je ne savais plus ce que je voulais. J’avais l’impression d’être sortie de mon corps et de regarder ma propre vie défiler, comme une spectatrice.
Au début, je n’avais plus la force de rien, même plus du ménage. Et la pâtisserie, ma passion de toujours, me dégoûtait. Rien que d’y penser, je me sentais écrasée, accablée, comme si on m’avait posé un poids sur la poitrine.
Il y avait aussi le temps, qui ne tournait plus rond. Pendant des années, j’avais vécu au rythme des commandes : être à l’heure, avoir terminé à temps, toujours. Mon système nerveux avait fini par croire que le danger était permanent, et il ne voulait plus redescendre. Un simple rendez-vous devenait une panique. J’étais persuadée d’être en retard, je me dépêchais tout le temps, pour rien. C’était comme si le temps s’était raccourci pour moi. La panique à bord, en permanence.
Les signes que j’ai laissés de côté
Avec le recul, mon corps m’avait prévenue bien avant ce vendredi de mai. Je ne l’ai simplement pas écouté.
Il y avait cette fatigue qui ne partait pas, même après une bonne nuit. Je me disais que je manquais de vitamines, que je ne mangeais pas assez bien. Je prenais des compléments pour la forme, pour le moral, et rien ne changeait. Ce n’était pas une question de vitamines. Je ne comptais même plus mes heures : 7 ou 8 gâteaux certains week-ends, des nuits trop courtes, parfois une nuit blanche. Quand on ne compte plus ses heures, c’est souvent qu’elles ne sont déjà plus tenables.
Il y avait ce mode automatique dans lequel je vivais sans même m’en rendre compte. Je faisais tout, mais sans être là. C’était devenu normal.
Et il y avait les douleurs, dans le dos, la nuque, les épaules, que je mettais sur le compte des longues heures debout à pâtisser, à décorer, à peaufiner chaque détail.
Si tu te reconnais dans un seul de ces signes, ne le laisse pas de côté comme je l’ai fait. Ce n’est pas « juste un coup de fatigue ». C’est ton corps qui essaie de te parler.
Vouloir m’en sortir seule, ma force et mon piège
Je n’ai pas voulu voir de psy. C’est un choix personnel que je ne saurais pas vraiment expliquer : je suis comme ça, au fond de moi. Je crois qu’au fond de chaque être humain, il y a une force, cachée parfois très loin, qui permet de sortir la tête de l’eau quand on veut vraiment s’en sortir. J’ai toujours été celle qui s’en sort seule. La forte.
Et c’est là toute la contradiction, que je ne vois clairement qu’aujourd’hui : c’est justement cette envie de tout porter seule qui m’a fait plonger.
Alors je ne te dirai pas ce que tu dois faire. Chacune est différente. Certaines mamans ont besoin d’être accompagnées par une psy pour aller mieux, et c’est très bien ainsi. Peut-être que si je l’avais été, je serais sortie plus vite du brouillard. Ce qui compte vraiment, c’est que tu ne restes pas seule avec ça.
La reconstruction, de vraies montagnes russes
Personne ne m’avait prévenue : on ne remonte pas en ligne droite.
Il y a eu des hauts, et beaucoup de bas. Parfois, je croyais que ça y était. Je sentais revenir un élan de vitalité, de joie, et 48 heures plus tard, tout retombait. Ces montagnes russes, on a du mal à les comprendre quand on les vit, et l’entourage encore plus. Il m’a fallu presque un an et demi pour sentir que j’allais vraiment mieux. Et aujourd’hui encore, j’y travaille.
Ce qui m’a aidée à sortir du brouillard
La première chose a été de comprendre ce qui m’arrivait. Mettre des mots dessus, lire, chercher. On a moins peur de ce qu’on comprend.
Ensuite, j’ai dû accepter une idée qui me semblait impossible : la priorité, c’était moi. Alors je me suis écoutée, beaucoup. J’ai dit non à beaucoup de choses, même à mes filles, même à mon mari. Et j’ai avancé un pas par jour, selon ce qui comptait vraiment ce jour-là, sans grand plan.
On trouve la paix le jour où l’on arrête de se battre contre ce qui ne dépend pas de nous. Longtemps, j’ai cru que tout contrôler, c’était me protéger. Que tout comprendre m’empêcherait de tomber.
Mais la vie ne se maîtrise pas, elle se vit. Le jour où j’ai su faire la différence entre ce qui m’appartient et ce qui m’échappe, quelque chose s’est apaisé en moi. Certaines blessures n’attendent pas de solution, juste un peu d’air. Et le monde continue de tourner sans que j’aie besoin de tout porter.
Alors j’ai appris à poser les choses et à les laisser suivre leur chemin. C’est là que je me suis retrouvée. Être sereine, ce n’est pas vivre sans tempête. C’est savoir que ce n’est pas à moi de retenir le vent.
Les plannings m’ont énormément aidée. Quand on vit en hypervigilance, le cerveau a besoin de voir clair, de savoir où il en est. Sinon, ça bouillonne à l’intérieur et on part dans tous les sens. Dans mon tout premier planning, il y avait moi, mon sport, et ensuite ma fille. Je te montrerai d’ailleurs, dans un prochain article, comment je construis mes plannings, avec des exemples concrets et des modèles tout prêts à télécharger.
Parce que cette année-là, 2025-2026, j’ai choisi une seule priorité : ma fille passait son CEB, et je m’y suis tenue. Pourtant, j’avais la tête pleine de projets, le blog, mon livre, les publications. Et au milieu de tout ça, une question revenait sans cesse : et si je reprenais le cake design ? C’était tellement confus dans ma tête. Avec le recul, je crois que j’avais peur. Peur de ce qu’on dirait de moi si j’arrêtais tout, alors que j’avais tant donné dans ce métier, que mon travail était reconnu, qu’on me disait douée. J’entendais déjà les phrases : « Mais pourquoi tu arrêtes ? Tu es tellement douée, et en plus tu adores ce que tu fais. » Au fond, oui, j’avais peur du jugement. C’est sûrement pour ça qu’au début, j’avais promis à mes clientes de revenir d’ici six mois.
Ces six mois sont devenus un an et demi. Et il y a quelques jours seulement, j’ai enfin trouvé le courage de le dire à voix haute : j’arrête définitivement les commandes. Il m’en a fallu, du courage, pour comprendre que ce n’était plus pour moi. Que je devais arrêter pour moi, et pas attendre d’être prête à revenir pour faire plaisir aux autres. Le jour où je l’ai annoncé à tout le monde, j’ai senti un poids énorme quitter mes épaules. Maintenant, tout le monde le sait, et je respire. Ma passion pour le cake design, elle, est toujours là. Simplement, elle n’a plus à me dévorer.
J’ai même essayé, en cours d’année, de relancer un groupe avec mes anciennes clientes pour faire les Goûters du Mercredi. Je n’y suis pas arrivée. Trop de pression, une fois de plus. Je n’étais pas prête, et j’ai appris que ce n’était pas grave.
Il y a eu des jours où je me suis demandé ce que je faisais de ma vie, où j’avais l’impression de n’avoir aucun but et que plus rien n’allait. Et pourtant, cette année-là a été bien plus belle que celle d’avant, où tout s’écroulait en même temps.
Aujourd’hui, ma plus jeune a repris le chemin de l’école. Et moi, depuis quelques mois, j’ai l’impression d’être enfin à ma place. Lire et écrire ont toujours fait partie de moi, sans que je prenne jamais le temps de leur faire une vraie place. Ce blog est devenu cet endroit. Chaque article que j’écris, je l’écris avec mon cœur, avec toute la sincérité dont je suis capable, en pensant à toi qui me lis peut-être un soir, épuisée, en te demandant si tu es la seule à ressentir tout ça.
Ce qui me manquait le plus, je le comprends maintenant, c’était le partage. Donner, transmettre, tendre la main à une autre maman qui traverse ce que j’ai traversé. Je reprends aussi plaisir à partager mes recettes, sans pression, juste pour le bonheur de les offrir. Et je sais que raconter tout ça me fait du bien. C’est même certain.
Aujourd’hui, j’avance au gré de mes envies. Sans me mettre la pression, sans courir après cette perfection que je m’imposais autrefois, sans objectif à atteindre coûte que coûte. Je ne sais pas encore exactement où ce chemin me mènera, et pour la première fois, ça ne me fait pas peur : il me mènera là où il doit me mener. Doucement. Pour moi, tout simplement.
Si mon histoire peut t’aider à écouter ton corps un peu plus tôt que moi, ou simplement à te sentir moins seule ce soir, alors elle aura trouvé tout son sens.
À retenir
- Le burn-out n’est pas une simple fatigue : il touche le corps, la tête, le rapport au temps, toute ta vie.
- La fatigue qui ne part pas après une nuit, le mode automatique et les douleurs sont des signaux à écouter.
- Vouloir s’en sortir seule peut être une force… et un piège.
- La reconstruction ressemble à des montagnes russes : une rechute n’efface pas le chemin parcouru.
- Commence par toi : dire non, un pas par jour, une seule priorité à la fois.
Questions fréquentes
Comment savoir si c’est un burn-out ou juste de la fatigue ?
Chez moi, la fatigue ne partait pas, même après une bonne nuit, et elle venait avec des douleurs, de l’angoisse et un grand vide. Si tu te reconnais, parles-en à ton médecin.
Une maman peut-elle faire un burn-out ?
Oui. Des chercheuses de l’UCLouvain étudient le burn-out parental, quand le stress de la vie de parent dépasse durablement les ressources pour y faire face.
Combien de temps faut-il pour sortir d’un burn-out ?
Il n’y a pas de durée unique. Pour moi, il a fallu presque un an et demi, avec des hauts et des bas, et j’y travaille encore.
Le burn-out peut-il faire prendre du poids ?
Chez moi, oui, malgré le sport et une alimentation surveillée. Le stress qui dure peut jouer sur le cortisol : parles-en à ton médecin.
Je suis maman de trois filles. J’ai traversé un burn-out, et ici je partage ce que j’ai vécu pour que tu te sentes un peu moins seule. Je ne suis pas médecin : si tu te sens à bout depuis longtemps, parles-en au tien.
Pour relire le début de mon histoire : Quand tout s’effondre, mon burn-out de mai 2025 et 15 minutes et un cappuccino.
Et toi, quel signe as-tu laissé de côté trop longtemps ? Raconte-moi en commentaire 🤍


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