Pour toutes les mamans qui ont peur d’avoir laissé de côté celui ou celle qui ne demande rien.
Ici, on parle beaucoup des enfants qui ont du mal : l’école qui fait peur, les difficultés pour apprendre, une façon de fonctionner qui ne rentre pas dans les cases. Aujourd’hui, je voudrais te parler de l’autre : celui ou celle pour qui tout se passe bien.
Chez moi, c’est ma grande. Elle a 20 ans.
Celle qui n’a jamais rien demandé
Depuis toute petite, elle est autonome, et surtout curieuse de tout, toujours avide d’apprendre. De bonnes notes, rarement absente, elle ne voulait pas manquer l’école, même malade. Elle se débrouillait, elle trouvait des solutions, elle avançait. Aujourd’hui, elle étudie l’architecture du paysage, loin de la maison.
Pendant ce temps, mes deux autres filles avaient besoin de moi, beaucoup et souvent. Les rendez-vous, les démarches, les journées à organiser autour de leurs difficultés : mon énergie allait surtout vers elles.
Alors un jour, une pensée s’est installée : et elle, dans tout ça ?
Ce petit ressenti qui m’a fait réfléchir
Je n’ai pas un souvenir précis à te raconter. C’est un ressenti, venu doucement. Un jour, j’ai senti que ma fille avait besoin, elle aussi, de savoir qu’elle comptait.
Je lui ai dit que je ne l’abandonnais pas, que je la laissais grandir de ses propres ailes. C’était vrai. Mais c’est le genre de chose qu’on dit avec la tête, alors que le cœur, lui, continue de se poser des questions.
Autonome ne veut pas dire « n’a plus besoin de moi »
Avec le temps, j’ai compris une chose : une enfant autonome a quand même besoin de moi.
Quand elle est à Gembloux, elle m’envoie un message ou elle m’appelle. Quand elle est à la maison, il lui arrive de me demander de l’aide. Quand ça ne va pas, quand elle s’inquiète ou qu’elle ne trouve pas de solution, elle a besoin de mon approbation, d’un conseil, d’un « je suis là ».
Elle n’a pas besoin que je règle tout à sa place. Elle a besoin de sentir que quelqu’un est là. Et moi, j’essaie, à chaque fois, de trouver une solution avec elle, ou simplement de la rassurer quand je vois que ça ne va pas. Chaque matin, je lui envoie un petit « coucou, bien dormi ma puce ? » et chaque soir, je lui souhaite une bonne nuit. C’est tout simple, mais c’est comme si elle était à la maison pour moi.
Ce qu’un enfant « qui va bien » garde parfois pour lui
De l’extérieur, tout a l’air simple : les notes, les études, la débrouille. On se dit que ça roule. Mais derrière, il y a parfois des choses qu’on ne voit pas, parce qu’ils ne les montrent pas.
Chez ma grande, c’est le perfectionnisme, parfois trop. Elle voudrait que tout soit bien, tout de suite, et elle se juge sévèrement dès que ça ne l’est pas. C’est aussi le doute : elle me dit parfois qu’elle a l’impression de faire n’importe quoi, ou de ne pas avancer comme ses amies. Et c’est le besoin de savoir que je suis là : un conseil, une approbation, un « tu fais bien » quand elle ne trouve pas de solution.
Je me demande parfois si elle en demande moins parce qu’elle voit que ses sœurs ont besoin de plus. Je n’ai pas la réponse, mais je sais qu’un enfant qui va bien n’est pas un enfant qui ne ressent rien.
Ce que je voudrais qu’elle sache
Si ma fille lit ces lignes, voilà ce que je veux qu’elle entende.
Je suis fière de toi, de ton parcours, de tes choix. Il n’y a rien qui pourrait faire que je ne sois pas fière de toi, et je t’aime plus que tout.
Un jour, je t’ai envoyé cette image, et je te la redis ici :
Le bouleau pousse très vite, alors que le chêne prend son temps. Pourtant, le chêne n’est pas en retard sur le bouleau : il est simplement en train de créer des racines plus profondes. Il est là où il doit être, et il ne se demande pas s’il est en retard. Il grandit juste à sa manière.
Toi aussi, tu es là où tu dois être. Tu grandis à ton rythme, avec des choix qui te font grandir et mûrir, et ça ne change rien à qui tu es ni à ta vie. Ce n’est pas parce que tes copines semblent « avancer » plus vite que toi que tu es en retard. Un jour, le chêne finit par être le plus majestueux et le plus solide.
Et j’ai de la chance que tu sois autonome, posée, avec la tête sur les épaules. Ça m’enlève une épine du pied, oui. Mais ça ne veut pas dire que je ne pense pas à toi et que tu ne peux pas compter sur moi.
Et mes deux autres filles ?
Je sais que certaines liront ça en pensant : « Tu dis qu’avec ta grande c’est facile, alors les deux autres sont un poids ? »
Non. Jamais.
Mes deux autres filles demandent plus d’accompagnement. C’est tout. Elles ont des difficultés qui m’ont demandé du temps, de l’énergie et parfois des larmes. Mais ce ne sont pas des poids, et ma grande n’est pas « moins importante » parce qu’elle va bien. Chacune a besoin d’une forme d’amour différente.
C’est ça qui est difficile quand on a plusieurs enfants : on ne peut pas donner la même chose à chacun, au même moment. Ce n’est pas de l’injustice. C’est la vie.
Je ne sais pas si j’ai fait tout juste
Je n’ai pas de conseils à te donner. Je ne sais pas si j’ai tout fait comme il fallait, et je doute encore, parfois. Je te raconte simplement ce que je vis, au cas où tu te reconnaîtrais.
Si c’est le cas, une seule chose : ne culpabilise pas. Je sais, c’est plus facile à dire qu’à faire, et moi-même, j’y arrive mal. Mais ils sont plus forts qu’il n’y paraît. Un enfant qui va bien et qui se débrouille n’est pas un enfant qui n’a plus besoin de toi : c’est un enfant qui sait qu’il peut compter sur toi.
Et toi, tu as un enfant « qui va bien » ? Si tu as envie de me raconter comment tu le vis, en commentaire ou par message, je te lis : tu n’es pas seule.


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